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Vous les rencontrez un peu partout.
Au marché, dans le métro, chez le médecin…
Parfois, vous assistez aux crises de leurs enfants au parc ou au supermarché.
Vous les trouvez très patientes ou trop peu.
Quand vous les regardez de près, vous trouvez peut-être qu’elles sont particulièrement cernées, essoufflées.
À certains moments, vous vous faites la réflexion qu’elles ont le dos un peu courbé.
Pas toujours facile, d’être une maman.
Vous comprenez, la plupart du temps.
Malgré tout, il peut vous arriver de vous demander pourquoi elles
s’absentent si souvent du travail? Pourquoi elles ne font pas de
bénévolat à l’école? Pourquoi, il y a cette lueur dans leur regard qui
semble parfois plongé vers un ailleurs, un invisible…
Si vous
les connaissez un peu intimement, vous êtes peut-être parfois irrité de
les entendre parler si souvent des mêmes sujets. De vous expliquer le
pourquoi du comment et le peut-être au sujet du comportement de leur
enfant.
Ces femmes, qui sont des parents comme vous, vous laissent un peu interrogatifs.
Pourquoi sont-elles si souvent fatiguées?
Pourquoi vous semblent-elles si souvent désorganisées?
Pourquoi sont-elles éventuellement en dépression, en processus de séparation?
Qu’est-ce qui est si différent chez elles?
Ce sont des mères presque comme les autres.
Des mères d’enfants différents.
Elles vous ressemblent beaucoup. Elles ont porté un enfant, souhaitant
le plus beau des avenirs pour lui. Elles ont mangé des légumes frais, bu
du lait, passé des échographies, évité l’alcool, lu des bouquins…
Elles ont mis leur bébé au monde et puis un jour, rapidement ou sur le
tard, une petite alarme a sonné et il leur a fallu partir à la chasse au
diagnostic.
C’est là qu’elles ont commencé à se différencier de vous.
Oh! Tout comme vous, elles ont continué de faire de leur mieux,
concoctant des purées, stimulant l’apprentissage de la marche et du
langage. Craquant devant de belles bottines et achetant trop de
peluches. Elles ont continué d’aimer leur enfant de toute leur âme,
comme vous.
La différence, c’est qu’elles ont dû ouvrir la
porte d’un monde parallèle et franchir le seuil que tous ne doivent pas
franchir. Elles ont découvert ce « ailleurs » vers lequel leur regard se
tourne parfois et les rend « lunatiques ».
Depuis ce jour-là, elles vivent une expédition quotidienne, une aventure qu’aucun agent de voyage ne met en vitrine.
La vie avec un enfant différent. La vie d’une mère d’enfant différent.
Dyspraxie, dysphasie, Asperger, TED, dysgnosie, dysfonction
non-verbale, trouble attentionnel, dysmnésie, paralysie… Les différences
sont trop nombreuses pour êtres toutes énumérées…
Peut importe
la différence, le handicap, le défi de l’enfant. Ces mères se sont vu
un jour remettre la clef de ce monde parallèle avec un choix tout simple
:
« Tu t’impliques à fond pour trouver les meilleurs outils pour ton enfant »
ou
« Tu ne t’impliques pas et tu lui fermes presque toutes les portes »
Alors elles ont pris la clef et elles ont foncé.
Que faire d’autre?
Depuis, elles accumulent les kilomètres qui les mènent souvent dans des
directions diamétralement opposées, vers des cliniques, des centres,
des bureaux, des écoles.
Elles traînent une grosse sacoche,
remplie de rapports, de prescriptions, de documentation, de jouets pour
patienter, de craquelins, de monnaie pour les stationnements ou
l’autobus.
Elles motivent des absences à l’école et au bureau,
elles griffonnent dans des agendas et des calendriers, jonglant avec le
temps pour tout entrer dans les cases qu’on leur offre. Souvent, elles
mettent fin à leur carrière…
Elles attendent aussi. Beaucoup.
Attendent qu’on inscrive leur enfant sur une liste d’attente. Attendent
que le téléphone sonne pour annoncer qu’une place se libère. Attendent
dans des salles d’attente, souvent beiges, parfois sommairement décorées
pour faire « on aime les enfants ici ». Elles attendent des résultats
de prises de sang, de tests psychologiques et physiques.
Elles attendent un diagnostic. Puis des pistes de solutions.
Elles racontent leur vie de long en large à divers intervenants. C’est à
se demander si elles ne devraient pas tout enregistrer ou mettre en
PowerPoint pour résumer les tenants et aboutissants qui motivent leurs
démarches.
Elles posent des questions. Trop de questions. «
Vous demanderez à la personne qui vous contactera pour poursuivre le
dossier ».
Elles se font parfois dire que c’est trop compliqué à
comprendre. Qu’elles doivent simplement suivre les indications et que
ça ira.
Elles se sentent souvent coupables. « Mais non Madame,
ce n’est pas de votre faute. Mais qu’avez-vous mangé déjà enceinte? Vous
sentiez-vous déprimée? Avez-vous allaité? »
Elles se font
souvent dire qu’elles doivent travailler sur elles pour ainsi influencer
positivement l’enfant, la famille, la société.
« Prenez soin de vous, Madame, c’est important. »
« Mais n’oubliez pas le rendez-vous du 18, les prises de sang du 20,
l’évaluation en ergothérapie le 21. Faites les exercices tous les soirs à
18 : 00. Pensez à acheter le tableau de motivation. Fabriquez des
pictogrammes. Téléphonez à l’école. Contactez votre médecin de famille –
Quoi? Vous n’avez pas de médecin de famille? Inscrivez votre enfant à
une activité parascolaire, c’est important. Travaillez son estime
personnelle. Faites comprendre à votre ex que Junior a un handicap.
Achetez des tomates bios… Restez calme, votre enfant est une éponge. »
« Les kleenex sont à votre gauche. On se voit le mois prochain. Prenez soin de vous! »
Les mères d’enfants différents sont, par la force des choses, des mères différentes.
Elles pleurent plus souvent dans les stationnements. Elles analysent
des détails de la journée à s’en étourdir comme ça ne se peut pas.
Elles parlent un langage méconnu. Peuplé de termes généralement
utilisés par les psys, les docs et tous les autres diplômés en santé et
en relation d’aide.
Elles tentent d’expliquer ces termes à leur
conjoint, à leur famille. Fréquemment, elles se butent à un mur
d’incompréhension. « il est pas malade..» « Arrête de
t’inquiéter, ça va passer tout seul avec le temps ». « Tu le gâtes trop!
»
Les mères différentes ne veulent pas qu’on les plaigne.
Elles ne se voient pas comme des Mères Courage.
Pour faire preuve de courage, il faut avoir le choix de se défiler…
Une mère, ça ne veut pas se défiler…
Appelez-les Mères Espoir…"
Un jour la neurologue de Léanne nous dit, vous ne serez jamais compris .... Nous ne savions pas à quel point nous allions subir la méchanceté..
Tellement véridique de nos quotidiens !
RépondreSupprimerCourage à vous
Magalie
Je viens de tomber sur votre blog, après avoir fait un petit tour sur votre autre blog de mots d'art...
RépondreSupprimerUn grand merci pour le partage des mots d'arts (je suis étonnée qu'il y ait aussi peu de commentaires et de remerciements...?).
Etant maman d'une enfant handicapée, je me suis aussi reconnue dans le texte que vous avez publié : la fatigue, le regard des autres, le fait de devoir tout justifier, etc... mais malgré tout l'envie de vivre et d'avancer!!! Le scrap est une formidable bouée de sauvetage...!
Bon courage,
Florence